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Distinction ARAL 2021

Terre Mère, textes de Marcelle Delpastre, illustrés par Pavel Macek

Marcelle Delpastre n’a cessé tout au long de sa carrière d’auteur, d’être en butte à des stéréotypes localistes : pastourelle limousine, écrivaine en sabot”, etc. 

Tout en exerçant la profession d’agricultrice, elle a écrit en français et en occitan limousin, une oeuvre remarquable qui reste aujourd’hui encore très méconnue. Le Limousin est bien pour Marcelle Delpastre la substance dont presque chaque poème se nourrit. La terre limousine est à la fois le territoire fondateur et suscite un certain rapport au monde. Le lieu réel devient un lieu  poétique. De là, dans sa poésie, l’importance de l’œil et du corps tout entier, manifestation de la com-préhension de l’homme dans l’univers.

“J’ai écrit, écrit, écrit...l’arbre, l’eau, la terre, l’homme vivant, Dieu et la mer, le Limousin et l’âme du Limousin...”

De la maison familiale de Germont, dans le Limousin, où elle vivait et travaillait la terre, Marcelle Delpastre a écrit des milliers de pages. Chaque jour, au moment où l'écriture venait, elle sortait le carnet à spirale de sa poche. Perçue comme une paysanne par le monde littéraire, et comme une étrange femme qui écrivait par les ruraux, Marcelle Delpastre est restée méconnue pour ce qui l'habitait le plus : la poésie. Presque sans jamais sortir de son microcosme, elle a écrit l'arbre, la terre et la mer qu'elle n'avait jamais vue. Elle se pencha aussi sur la sensualité et l'amour. Elle a écrit à la fois en occitan, la langue de sa mère, et en français, la langue de son père. Elle célébrait le mystère de la création, de la graine qui germe à la divinité. S'isolant par choix dans la ferme où elle trouvait le calme pour écrire, elle vécut seule avec ses parents, ne se mariant pas. Et tiraillée entre le désir de vivre et celui d'écrire, elle laissa rejaillir dans ses poèmes une violente désolation. Quelques jours avant de mourir, elle demandait encore : Qu'est-ce qui devait compter ? Vivre ou écrire ?

Nous citons, pour terminer cette très rapide présentation, deux extraits de Terre Mère :

“Est-ce que les pierres aiment la main qui se pose sur elles? Qui les caresse et les réchauffe.

Se souviennent-elles de la tiedeur du feu, de l’haleine des hommes?

Et la pierre du seuil, usée de tant de pas, garde-t-elle en son coeur le chaud du crépuscule,

Quand le dernier rayon passe sous les pommiers?

Gardent-t-elles l’odeur de la vie, le parfum du pain frais, le goût de la tendresse, Comment

Les pierres se souviendraient-elles! Puisque le coeur humain ne se rappelle pas.

[ou]

...

Casse la roche - ouvre le schiste, empoussière tes doigts de tuf, et d’ocre comme d’un

Pollen, tu sentiras l’odeur des roses, du chévrefeuille, du châtaignier, et l’écorce austère du chêne, une senteur fuyante mais tenace, semblable à celle d’une femme qui serait passée là, voici longtemps.

...

Vous pouvez retrouver ces poèmes inédits publiés dans dans ce très joli volume du supplément de la revue A littérature-action n°6 avec la participation des éditions Lo Chamin de Sent Jaume.

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