Prix ARAL 2016/2017

10 février 2017, Remise du double Prix ARAL à la Bfm

Le 10 février 2017, Remise du double Prix ARAL à la Bfm, en présence de Philippe Pauliat Defaye, adjoint au Maire de Limoges :


1- Prix Documentaire :
Le catalogue Itinérances artistiques : la Creuse, une vallée -atelier (Les Ardents Editeurs)
2- Prix Littérature :
Jean-Marie Chevrier : Le dernier des Baptiste (Albin Michel)


- Déclaration et remise des deux Prix à 17h30
- Suivies du verre de l’amitié offert par la ville de Limoges

Règlements Prix ARAL

Règlements Prix ARAL

Article 1 : Le prix ARAL est un prix créé et organisé par l’Association Régionale des Amis du Limousin. Il se divise en deux catégories : un Prix littéraire et en un Prix documentaire.

Article 2 : Ce prix récompense l’auteur d’un livre qui met en valeur l’identité de la région, ses qualités, les richesses de son patrimoine. Il doit avoir été écrit par un auteur qui a des liens profonds avec le Limousin. La publication doit être récente (sur une période d’un an, de la fin octobre  au 1er novembre de l’année suivante)

Article 3 :Le groupe de réflexion ARAL qui s’est constitué au sein de l’Association,  se consacre au travail de pré-sélection de janvier à octobre (6 ou 7 volumes pour le Prix littéraire, 6 ou 7 volumes pour le Prix documentaire).

C’est ce même groupe qui désigne le jury pluridisciplinaire qui examinera les ouvrages sélectionnés à partir du 15 novembre. Le Président d’ARAL fera partie de ce jury.                                   

Les ouvrages reçus sont dans un premier temps examinés et classés par le jury ARAL selon leur discipline afin d’établir une présélection.

Le jury se réunit environ un mois plus tard pour choisir et voter sur les X ouvrages présélectionnés.

Article 4 : Le jury disposera de deux mois pour accomplir son travail (entre le 15 novembre et le 15 janvier). Les deux Prix seront remis en février.

Article 5 :  Les membres du jury se réunissent à une date et au lieu indiqué par l’organisateur pour délibérer sur les ouvrages sélectionnés.

Les membres du jury votent, à bulletin secret, chacun pour un seul ouvrage parmi l’ensemble des ouvrages des deux listes finales.

Le président n’a qu’une seule voix et double voix à partir du 4ème tour.

Un quorum de minimum 11 membres est exigé.

Le vote par procuration est autorisé.

Le gagnant du prix Aral littéraire et le gagnant du Prix documentaire sera l’auteur dont l’ouvrage aura récolté le plus de voix du jury. Il ne pourra y avoir qu’un seul gagnant par catégorie.

Article 6 : Le vote du jury est souverain et n’est en conséquence susceptible d’aucun recours.

Article 7 : L’organisation de la remise du prix est déterminée par le CA de l’ARAL qui informe l’ensemble des participants et des membres du jury.

Le Président de l’ARAL informe, dès qu’il a connaissance des résultats du vote du jury, l’auteur lauréat du prix ainsi que son éditeur et la presse régionale.

 Article 8 : Toute participation au prix Aral  implique l’acceptation sans réserve du présent règlement.

REMISE PRIX

  

 
"discours" de JM Chevrier Remise prix

 

Être creusois ne va pas toujours de soi. Comme beaucoup de creusois je suis monté à Paris en mon adolescence. Quelque temps après mon arrivée, j’avais rencontré des jeunes gens de mon âge qui m’avaient invité dans un somptueux appartement du Quai Notre-Dame. Ils étaient riches et devisaient avec aisance. La conversation nous conduisit à parler des régions dont nous venions. L’assemblée était cosmopolite, quelques parisiens pure souche mis à part, il y avait là un américain, un suédois, un garçon venait de Brazzaville, un autre de Pointe-à-pitre, un autre de Phnom-Penh. Quelques juifs ashkénases racontaient les migrations douloureuses de leurs parents venus de Pologne ou d’Ukraine. Quand je dis que je venais de Guéret dans la Creuse, il y eut un moment de stupeur. Où était-ce ? Que s’était-il passé à Guéret que l’Histoire aurait retenu ? J’étais bien en peine de le dire. Il m’a semblé que j’aurais dû m’en excuser.


Je n’avais rien à proposer qui puisse éveiller l’intérêt quant à mes origines. La Province, même connue et glorieuse, reste entachée de conservatisme à l’image d’une bourgeoisie désuète et réactionnaire. Que dire d’une Province que tous ignoraient même la postière quand j’allais à son guichet pour envoyer un paquet chez moi.
Quant à mes ancêtres laboureurs, je n’osais même pas en parler. Les paysans étaient des rustres, des balourds, sortis de fabliaux du Moyen-âge, des farces de Molière ou des comédies de Marivaux. Ils parlaient une langue grotesque, maladroite, ils étaient objet de dérision. C’étaient des benêts qu’on abusait pour rire à leurs dépens. Leur patois traînait encore à la maison jusque dans la langue vernaculaire qu’il troublait de barbarismes et de solécismes.
Parce qu’à l’école, c’était une autre langue qu’on m’apprenait en me faisant réciter les grandes prières laïques de la poésie française : les vers de Victor Hugo, d’Albert Samain, d’Emile Verhaeren, de Leconte de l’Isle, ou de José Maria de Heredia. Si je voulais entrer dans le cénacle il fallait me débarrasser de mon statut de creusois. Je devais oublier mon enfance.


Envisager un retour fut une longue aventure. Je fus aidé en cela, dans les années 1970, par un mouvement issu de la Beat Generation qui envoya quelques disciples vers les régions qu’avait délaissées la société industrielle. Les pratiques ancestrales revenaient au goût du jour. Plus le pays avait été laissé pour compte, déserté par ses habitants, plus il avait grâce aux yeux de cette utopie. Ardèche, Lozère, Creuse, devenaient des terres de cocagne. C’était bien la première fois. Je retrouvais la Creuse comme Jim Harrison le Montana.
C’est ainsi que je renouais avec la tradition des travailleurs migrants saisonniers qui allaient gagner ailleurs ce que leur pays n’était pas en mesure de leur donner, c'est-à-dire : de quoi vivre. Mais, contrairement à d’autres déshérités, ils ne partaient pas pour toujours ;  ils rentraient chez eux pour se reproduire comme les saumons ou les anguilles, pour retrouver cette force que la terre communique à ceux qui l’aiment, à l’image d’Antée, ce héros de la mythologie grecque, le fils de Gaïa, la terre justement, à qui il suffisait que ses pieds touchent le sol pour se sentir envahi par une énergie nouvelle. Ce phénomène migratoire saisonnier, aujourd’hui disparu, a laissé des traces en nous. On le voit dans les maisons que ces maçons ont construites qui sont devenues des maisons de famille, qu’on ouvre l’été, qu’on reconnaît à leur allure pimpante et à leurs volets peints. Ce sont des maisons de pierre.
En nous la pierre aussi joue son rôle. En nous perce le granit qui nous fait gris, granuleux, métamorphiques avec des éclats de mica. Nous n’avons rien à voir avec les hommes du calcaire qui se permettent d’enjoliver leurs maisons de balustres, d’encorbellements, de longs jets de pierre où poser des statuts toute de finesse. Pour nous, pas de gothique flamboyant mais des chapelles romanes, trapues, sombres et basses. Roche acide, sans mémoire, le granit dévore les corps et ne permet que la taille angulaire favorable aux bâtisseurs.
Quand il m’arrive de partir de ce pays dans la tentation de l’exotisme qui propose des plages blondes au bord de mers transparentes, vient toujours un moment où point en moi le désir d’une colline boisée sous la pluie froide d’un jour d’automne. Je pense à la Creuse.
C’est comme regarder une carte sur Google map. On a d’abord une vision très lointaine de la terre comme si elle était vue par le regard de Dieu puis on plonge en parachute vers un lieu qu’on connaît, qui est le sien. On retrouve son pays, sa région. Les contours s’affinent. On voit ses champs, ses routes, ses arbres, ses fleurs. On s’approche d’un point minuscule. On occupe si peu de place sur la terre…  et là c’est ma maison, la pièce où je vis, le fauteuil où je m’assois, le livre que je lis. Dans le four je vois cuire des raves et des châtaignes parce que l’homme est aussi ce qu’il mange.
J’ai traversé tous les cercles, franchi toutes les sphères, je suis chez moi, qui est le centre du monde et qui est aussi le centre de moi-même. C’est là, dans un point qui échappe à toute vision que m’attend le creusois que je suis.

 

Remise prix 6